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[Blogue] Poubelles de terroir

mercredi 5 août 2009

On connaissait les vins, les jambons et autres cochonnailles, les fromages, les tissus et tout un tas de trucs plus ou moins pertinents, voire improbables, dûment estampillés « Terroir Bien-D’cheu-Nouzôt’ », voici maintenant que cette notion est étendue aux ordures. Si ! J’ vous jure !

La Communauté de Communes du « Pays de Rhône Ouvèze » (CCPRO) vient en effet de décider que, à partir du 1er septembre prochain, il faudra montrer patte blanche pour accéder à la déchetterie intercommunale de Sorgues.

Là, je dois dire que j’en suis sur le cul !

On ne nous donne pas trop d’explications sur cette décision (ou, du moins, je n’ai pas souvenir d’en avoir lues) mais j’avoue ne pas très bien comprendre le concept.

Craindrait-on un infâme trafic clandestin d’ordures par lequel de sournois citoyens résidant dans des communes hors de notre communauté bien-aimée viendraient dans notre déchetterie à nous, qu’on paie avec nos vertueux impôts, se débarrasser de leurs ordures pour ne pas encombrer la leur, les sagouins ? Craindrait-on de sombres pratiques de blanchiment d’argent... sale déposé subrepticement dans des sachets de plastique ? Les fins limiers de la rédaction de « Ficanas » se perdent en conjectures.

J’avais cru comprendre que la France était une République une et indivisible. Il semble que ce ne soit plus vraiment le cas. Même si tu habites plus près de la déchetterie de Sorgues que de celle de ta minable communauté de communes pourries, tu dois te farder l’aller-retour jusqu’à ta déchetterie à toi et pas venir nous polluer la nôtre. Non mais oh, eh !
C’est sûr que, à une époque où l’on vente les mérites des bons citoyens qui trient leurs déchets, le soir à la veillée, à la lueur de leurs chandelles à basse consommation hyper-écolo, et qui vont consciencieusement les déposer là où il faut, la mise en place de postes frontières intercommunaux (pour l’instant, exempts de tout péage mais sait-on jamais ce qui nous attend ?) est une forte incitation à croire aux vertus du civisme appliqué à la politique locale. Ce besoin de marquer partout les frontières, au lieu de chercher des solutions un peu plus universelles et facilitant la vie des administrés, me laisse pantois, je dois dire.

Pourtant, que je sache, un sac d’ordures produit à Bédarrides, à Châteauneuf-du-Pape, à Couthézon aussi bien qu’à Mézytoudan-l’Onion me semble être avant tout un sac d’ordures bien français ayant droit de cité sur tout le territoire de la République. D’autant plus s’il s’agit de les valoriser, ces ordures.
Mais, bon ! Je suppose que cette formidable décision est le fruit de longues heures de réunions entre gens fort experts en matière d’ordures et de passage des frontières. Au moins, nous voilà rassurés : nos impôts locaux trouvent là toute leur pertinence. D’autant qu’ils sont bien salés !

Bien sûr, il serait injuste de laisser croire que la CCPRO est la première institution territoriale à pratiquer de la sorte. C’est évidemment faux. Elle n’est pas la seule non plus, c’est évident. Ce qui prouve que l’avenir des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part [1] » est glorieusement assuré. Car je crains aussi que nous n’ayons à faire avec des gens qui confondent parfois un tantinet la notion de « territorialité » avec celle de « féodalité ». Et là, j’avoue avoir du mal à encaisser.

Notes

[1Georges Brassens

Vos commentaires

  • Frédéric
    Le 09/08/09

    Yep, on a constaté ça l’autre jour en allant jeter des trucs à la décharge d’Avignon. On n’avait pas prévu de justificatif et il a fallu négocier. Mais heureusement qu’il nous a finalement laissé rentrer, sinon c’est clair que je vidais mon fatras à recycler sur le chemin devant, faut pas se ficher du monde ! Après ils vont se plaindre des décharges sauvages, on fait l’effort citoyen de se déplacer, et on se ferait "jeter" à la place de nos déchets ? Encore une grande logique technocratique...

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