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[Blogue] Manger, c’est mourir un peu

jeudi 9 juillet 2009

Un peu dans le droit fil de mon billet précédent « Société Canada Dry », je voudrais revenir sur un article paru dans le Canard Enchainé du 29 mai dernier, en page 5, sous le titre « Un sujet brûlant » (rubrique Confit de Canard).

On y apprend que des chercheurs suédois auraient découvert dans des chips, par hasard, une vraie saloperie, l’acrylamide, un truc qui se forme lorsqu’on cuit à plus de 120°C des aliments contenant de l’amidon, tels que des chips ou des frites, des pains et des pâtisseries ou encore certaines charcuteries, céréales du p’tit-dej’, chocolat en poudre, café et bières. Au bas mot, quelques 73 catégories d’aliments.
Mieux, en poussant leurs recherches, les chercheurs européens qui se sont penchés sur le problème, ont relevé que la cuisson industrielle des aliments génèrerait plus de 800 substances toxiques dont une cinquantaine sont soupçonnées d’être hautement cancérigènes ou génotoxiques. Le Canard cite le « furanne » ou le « HMF » (celui-là, je sais pas ce que c’est mais ça doit être rudement dangereux, rien qu’au sigle mystérieux !).

Vous en avez entendu parler, vous ? Moi non. Pourtant, l’histoire remonte à 2002 et la Commission Européenne a diligenté le programme de recherche en question. Il est vrai qu’une institution dont le rôle est, en principe, de protéger les citoyens européens et qui ne voit pas ce que pourrait bien avoir de nocif de l’huile de tournesol frelatée à l’huile de vidange, n’a pas nécessairement la même notion du danger que tout un chacun. Surtout si cela déplait à l’industrie agro-alimentaire. C’est quand même pas pareil que faire ratifier une constitution de merde ou de lancer de grands programmes tape-à-l’œil pour la sécurité routière. Et comme ici, comme en d’autres occasions, on ne peut guère compter sur les gouvernements nationaux pour faire le ménage, on a de quoi se réjouir.

Alors, bien sûr, je ne verserai pas dans le registre apocalyptique sous prétexte que le sacro-saint principe de précaution est foulé au pied par ceux qui sont si prompts à le sortir dans d’autres occasions et au gré des intérêts qu’ils défendent. Il faut déjà ingurgiter de belles quantités de ces saloperies pour pouvoir envisager sereinement d’être la victime d’un complot politico-alimentaire. J’en suis sincèrement désolé pour les professionnels de la victimisation. C’est du moins ce que pensent nos savants chercheurs, notamment parce qu’il n’y a pas eu de recherche sur l’homme pour pouvoir faire des affirmations crédibles. C’est dire l’état de la recherche : pas le moindre euro disponible pour aller faire des tests dans le tiers-monde. C’est rageant quand même !

Reste que, quand on est un buveur de café invétéré, un gros mangeur de pain, de cornflakes ou un bon buveur de bière (j’en passe), on doit pouvoir commencer à ressentir les premiers effets de l’empoisonnement.
Personnellement, j’avoue ne plus me sentir très bien depuis que j’ai découvert que les Spéculoos, ces délicieux biscuits flamants et germaniques, étaient de la fête. Je les adore ! J’imagine la panique chez nos sympathiques voisins belges. Les malheureux sont attaqués sur au moins trois piliers de leur culture (la bière, les frites et les spéculoos)...

A moins de se laisser mourir d’inanition en constatant que, décidément, tout ce qu’on mange c’est de la merde (selon l’expression consacrée), je ne vois pas trop comment échapper au désastre. Modifier les normes de l’agro-alimentaire ? Oui, bien sûr, mais vu l’empressement des politiques, j’ai comme un vieux doute qui m’étreint. Et faire pression sur eux par une grève de la faim ou en lançant un boycott des produits alimentaires, ça craint un peu.

M’enfin, on n’est pas pressés et on peut toujours se consoler en se disant que, là pareil que sur le siège des vécés, ils sont à la même enseigne que nous.

Et ça, c’est bien fait pour eux !

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