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[Blogue] Société "Canada Dry™"

jeudi 2 juillet 2009

Lorsque j’étais enfant (ça fait un fameux bail), nous allions en vacance, certaines années quand le portefeuille parental le permettait, chez ma grand-mère, dans l’Yonne (en Puisaye, exactement). Elle y possédait une petite maison dans un hameau, dont la pièce maitresse était (et est toujours) une ferme.

Les fermiers y élevaient, comme il se doit, des vaches, des moutons et diverses bestioles de basse-cour. D’ailleurs, bien que n’étant pas paysanne, ma grand-mère possédait également un potager et une basse-cour dans laquelle on trouvait des poules, des canards, des oies et des lapins.

Chaque soir, le rituel imposait aux enfants de nourrir les bestioles de Mémère puis d’aller à la ferme chercher le lait.

Ah ce lait ! Nous y allions juste après la traite, alors que la fermière était encore en train de le filtrer et de récupérer la première crème, celle qui sert à faire le beurre. Nous avions, pour le transporter, un pot d’aluminium semblable, mais en miniature, à ces gros bidons dans lesquels il attendait le passage du camion de la coopérative. Comme ce n’était pas suffisant, nous avions aussi, en plus, un ou deux gros saladiers pleins à ras bord.

Sur la cinquantaine de mètres qui séparaient la ferme de la maison, nous prenions le temps, pour ne rien renverser, bien sûr, de ponctionner, chacun à notre tour, un peu de ce lait cru, si odorant et si savoureux. Inutile de dire que nous nous faisions rarement prier pour cette fameuse corvée !

C’est sans doute bête à dire mais ces vacances m’ont laissé la nostalgie du goût de certains produits "fermiers". Hélas, il semble bien que leur saveur ne soit perdue à jamais, dans une société où, d’une part, il n’est pas possible de toujours vivre près d’une ferme et, d’autre part, qui s’est dotée de tant de règlementations qu’il n’est quasiment plus possible d’acheter d’autres produits qu’industriels.

Du coup, lorsque j’aperçois des produits "de terroir", je suis tenté de les acheter même si leur prix est très notablement supérieur à celui des produits standards. Bien sûr, je ne pense pas être naïf au point de croire que tout soit si rose dans ce domaine.

C’est d’ailleurs ce que vient de démontrer (illustrer) le dernier numéro du magazine de Canal Plus, « 90 minutes », diffusé la semaine dernière.
On y apprend, en effet, que la charcuterie corse n’a de corses que le nom, le lieu et la méthode de fabrication puisque le porc qui sert à sa confection est importé de Bretagne, des Pays-Bas ou d’ailleurs, au grand dam des éleveurs corses.
Même si cette charcuterie reste indéniablement meilleure que les productions banales des marques industrielles, cela lui retire à coup sûr un certain attrait. Il est d’ailleurs édifiant d’entendre la réponse du responsable du site de fabrication à la remarque du journaliste prenant exemple sur l’appellation « Jambon de Bayonne » : « Il faudrait que ce soit pareil en Corse », dit le journaliste. « Ben non, je vois pas pourquoi », répond l’autre. Pardi !

Petit tour ensuite du côté de Laguiole, célèbre pour ses couteaux.
On y voit le responsable d’une petite coutellerie qui se bat comme un beau diable pour faire vivre son entreprise. Sadique, le journaliste l’emmène sur un salon parisien censé vanter les beaux produits des terroirs français et sur lequel on trouve des laguioles à 20 €, voire moins, dont l’œil expert du coutelier ne tarde pas à découvrir qu’ils ne sont pas fabriqués à Thiers et encore moins à Laguiole mais en Chine.
Pour parfaire son supplice, le journaliste emmène donc notre homme dans une ville chinoise où les rues sont bordées d’ateliers de coutelleries produisant quelque chose comme 3 laguioles à la minute, dans des conditions de travail dignes du XIXème siècle et avec des aciers plus ou moins douteux. Moins d’un euro en fin de fabrication. Notre chef d’entreprise est atterré.

Du coup, je regarde d’un œil méfiant mes deux laguioles à manches de corne, achetés il y a presque 20 ans à Salers ! Non, quand même pas ! Si ?
Retour sur le salon parisien : le tenancier d’un stand devient fort désagréable quand le coutelier lui fait remarquer l’arnaque. Rien n’indique que les couteaux sont chinois et l’autre délivre même des certificats d’authenticité. Motif : Laguiole n’est pas une marque déposée et, de toute façon, les Chinois ne reconnaissent pas les brevets étrangers. Facile, vu comme ça.

On continue avec quelques autres exemples. Tel ce camembert « de campagne ». Sans doute par opposition aux camemberts des villes ? Plutôt aux camemberts des laiteries industrielles. Histoire de lui donner une petite patine fermière qu’il ne peut pas avoir, de toute façon, puisqu’il est industriel à souhait et fabriqué avec les mêmes méthodes. C’est juste qu’il contient des trucs pour lui donner une saveur qui fait « terroir ». Mais qui fait, seulement.

Bref, on vit dans un monde de faux-semblant, d’ersatz et de duperie. On profite de l’aspiration des consommateurs à trouver des produits de qualité, évoquant un certain art de vivre, donc plus chers, pour leur vendre de la merde en profitant des lacunes de la règlementation. Le mensonge érigé en politique commerciale.

Erigé en politique tout court, d’ailleurs.
L’interdiction de la vente des ampoules à incandescence en est une autre illustration. Ces malheureuses ne transforment que 20 % de l’énergie électrique en lumière, le reste est de la chaleur. La belle affaire ! Que je sache, on s’éclaire plus en hiver, en raison de la courte durée des jours et il se trouve que c’est aussi en cette saison qu’on a le plus besoin de chauffage. Par conséquent, la chaleur que l’éclairage ne produira pas devra être compensée par d’autres sources. Au final, on y gagne quoi ? Pas grand chose. Mais ça fait bien de dire qu’on agit pour la planète, c’est super écolo. Un peu comme de faire le tour de la Terre en hélicoptère et de planter des arbres ensuite pour expier son pêcher.
Sauf que les ampoules « basse consommation », censées durer plus longtemps, coûtent 5 à 10 fois plus cher que les incandescentes, qu’elles contiennent quelques saloperies, comme le mercure, qui sont censées imposer un recyclage rigoureux (mais bien sûr) et qu’elles génèrent des harmoniques en pagaille, sortes de parasites ondulatoires qui pourrissent les réseaux. Au point qu’il faut modifier les circuits de distribution et imposer des règles de conception des installations électriques dont le coût n’est pas anodin. Sans même parler du fait que ces ampoules si écolo sont pour la plupart fabriquées en Chine ou en Inde. Dans les mêmes conditions que les laguioles ? Ça promet ! Et qui c’est qui va se frotter les mains tandis que les fabricants ferment leurs usines européennes ?

Bref, toujours du spectacle mais surtout de la poudre aux yeux. C’est ça une société Canada Dry. Ça pisse pas bien loin mais ça rapporte beaucoup de pognon. Tant qu’il y a des couillons pour payer, pas vrai ?

Vos commentaires

  • ydikoi
    Le 02/07/09

    Pour le bidon de lait, tout pareil … le même bidon, tout cabossé à force, tous les matins, à la ferme d’à côté, dont le lait passait direct dans nos bols … on crierait sûrement aujourd’hui à l’inconscience à ne pas boire du lait pasteurisé ;-) mais c’était booooon :)

    Pour les ampoules … tu oublies juste une chose, et pas la moindre : c’est tellement bon pour la planète, ces nouvelles bestioles, qu’elles sont remplies de mercure, et qu’il faut donc les recycler à part. Donc si tu jettes ton ampoule "verte" dans ta poubelle, en fait, tu pollues plus qu’avec ton ampoule "pas verte". C’est pas beau, ça ?

  • France
    Le 02/07/09

    T’inquiètes pas pour tes Lagioles, s’ils ont 20 ans, ce sont surement des vrais !

    J’ai les mêmes souvenirs que toi et Ydikoi : la ferme, le bidon cabossé, le gout du lait, les oeufs des poules ramassés tous chaud et gobés direct...
    Je passais mes vacances de pauvre gamine citadine élevée dans une triste cité dans une ferme Lorraine, à Juvrecourt, chez des braves gens qui pendant la guerre avaient abrité ma grand-mère paternelle et ses 4 enfants. Pour la bouffe, c’était un bon plan mais pas stratégiquement : c’est le coin de France qui a été le plus bombardé ! La frontière imposée par les allemands passait près du village...
    Par contre, ensuite, mon père, mon oncle et mes tantes ont continué à aller chez Pierre et Jeannette en vacances, puis leurs enfants après eux.
    J’y ai emmené mes enfants en visite quand ils étaient petits... mais la ferme avait changée, reprise par "les jeunes"... plus de vaches dans l’étable mais de gros engins agricoles pour le maïs, je crois... et du lait en brique dans le frigo.

  • Marco
    Le 02/07/09

    Pour les ampoules … tu oublies juste une chose, et pas la moindre : c’est tellement bon pour la planète, ces nouvelles bestioles, qu’elles sont remplies de mercure, et qu’il faut donc les recycler à part. Donc si tu jettes ton ampoule "verte" dans ta poubelle, en fait, tu pollues plus qu’avec ton ampoule "pas verte". C’est pas beau, ça (...)

    Ben non, j’ai pas oublié, je l’ai dit, pas comme ça mais presque.

    Ben oui !

  • Marco
    Le 02/07/09

    Je suis aussi repassé chez ma grand-mère. J’en ai parlé dans un autre billet (27 juillet 2008). J’ai bien reconnu la configuration des lieux mais ils avaient bien changé. Plus de bocages, plus de pommiers, je n’ai même pas retrouvé la mare...

    Mais c’est vrai : le goût du lait, des œufs, des terrines à Mémé, tout ça, que des bonnes choses en fait. Même quand on se faisait courser par la grand-mère parce qu’il y avait du liseron dans l’herbe des lapins...

    (Soupir)

    Tout ça pour dire qu’on trouve plus que de la merde sous cellophane, quoi !

  • ?
    Le 06/07/09

    puisque c’est séquence nostalgie, j’y vais aussi de mon petit couplet
    Je vais régulièrement chez mon grand-père, et bien, y’a toujours du fromage au lait cru, ça sent le sapin, la vache

    mais bon, c’est dans le jura, pas à la ville ou les gens veulent des trucs qui sentent rien, qu’ont pas de bactéries, et pas de goût non plus

  • @Ficanas84
    Le 06/07/09

    Ca sent le sapin chez ton grand-père ? Y va bien au moins ?...

  • France
    Le 09/07/09

    T’as changé la présentation de ton blog... c’est très zoli comme ça. Juste un problème avec les couleurs... T’as pas autre chose que vert pisseux ? ;o(
    Sinon, j’aime bien. C’est comme chez Ydikoi, c’est plus "naturel" en fin de texte que sur les côtés. Questions de gouts sans doute...

  • @Ficanas84
    Le 09/07/09

    Ben j’ai pas trop eu le choix vu que j’ai planté le site en voulant installer un anti-spam qui m’obligeait à monter en version de Spip (cherche pas, je te ferai un dessin). Du coup, ça a merdé pendant deux jours et Ydikoi m’a filé un sérieux coup de main pour tout remettre en ordre. En fait, c’est même lui qui a tout fait. Alors si t’as des remarques, tu t’adresses au patron. Nanmého !
    Sinon, c’est vrai que c’est pas mal aussi comme ça. On s’y fait vite.
    Et pis t’as dû remarquer les flèches à droite de la bannière, en haut. Ben figure-toi que c’est pour aller directos à la partie lie-de-vin sans dérouler la page. L’est bin fortiche not’Ydikoi, quand même, hein, dis ?!...

  • France
    Le 10/07/09

    Waou ! Trop bien les flèches.
    Bon ben bravo patron alors ;o)

  • Lambda 1952
    Le 14/03/11

    j’aime beaucoup lire vos articles qui sont autant de petites histoires finement ciselées, humoristiques, jamais méchantes mais surtout informatives. Et les mots employés révèlent un véritable amour des sujets abordés.
    Félicitations et merci..

  • Marco
    Le 21/03/11

    @Lambda 1952 : Je ne suis pas sûr de mériter vos éloges mais je ne puis nier qu’elles me touchent. Merci pour votre indulgence et de prendre quelque plaisir à lire ce blogue.

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