Accueil > Blogue > Ca balance pas mal à Béda

[Blogue] Ca balance pas mal à Béda

vendredi 19 juin 2009

JPEG - 199.4 ko
Le pont roman

Pour nos amis qui, de par le vaste monde et par l’entremise de ce modeste blogue, ne vivent que dans l’attente de savoir ce qu’il se passe à Bédarrides, il ne fait pas de doute que l’absence de nouvelles fraiches devait être un supplice digne de Tantale. Mais quoi de plus normal, pourtant, que ce silence ? La petite cité des bords de l’Ouvèze vit paisiblement, presque sans histoires. Ne seraient les travaux qui en compliquent un peu la traversée, et encore, et puis les copains d’école trop tôt disparus, hélas, que l’on enterre, le visiteur n’y verrait qu’un de ces indolents villages provençaux qui somnolent dans la lourde chaleur de ce début d’été.

Et bien, il n’en est rien : « Nous au village aussi l’on a de beaux assassinats », pourrait-on dire, toute proportion gardée, en plagiant honteusement tonton Georges. Nous avons eu la joie intense, en effet, voilà maintenant une bonne quinzaine de jours, de trouver dans nos boites à lettres, une sorte de — comment dire ? — feuille de choux ? Bulletin d’information ? Tract ? Bref, une sorte de lettre ouverte d’une sorte de « collectif » nommé « Au courant de l’Ouvèze ». Et ben, je vous le dis : y s’en passe de belles à Béda !

Et là, je sens que j’ai piqué au vif votre insatiable, quoique malsaine, curiosité. « De quoi ? Des assassinats à Bédarrides ? » vous entends-je susurrer en chœur. « Comme dans “Ici-Bordille” et “Paris-Beuark” et tout et tout » ? Ben, non, quand même pas mais pas loin.

Bon, c’est vrai, en cette saison, le courant de l’Ouvèze, du moins en amont de son confluent avec la Sorgue, c’est pas le Congo ni même le Rhône. Et forcément, la nervosité du papier en question s’en ressent un peu. Et ce qui se voudrait être une information pour la « Défense des Intérêts des Administrés de BEDARRIDES et leur Libre Expression » (avec majuscules, tout pareil que dans le tract), se perd un peu dans la vase du fond.

On apprend ainsi que le truc a été rédigé par un comité de rédaction, ce qui paraît assez normal, mais qui le compose ? Bah on sait pas : les articles ne sont pas signés, sauf un. On aurait pourtant aimé savoir qui sont ces dévoués citoyens qui ont si généreusement décidé de protéger nos intérêts en nous passant ces informations de première main, semble-t-il.
Peut-être que ce courageux combat contre la tyrannie issue de la dernière élection municipale suppose, en effet, l’anonymat comme au bon vieux temps de l’Occupation ou dans les ex-républiques de l’Est. Gare au goulag !
Avouez que c’est ballot parce que, dans notre pays, même sous Sarkosy, du moins pour quelques temps encore, la liberté de la presse et celle d’expression sont garanties par la Constitution. Ne toussez pas ! C’est le Conseil Constitutionnel qui vient de le rappeler au gouvernement au travers de son dernier arrêt relatif à la fameuse loi Hadopi.
Du coup, ça réduit un peu la portée de ces « informations » à celle de vulgaires ragots ou de basses manœuvres. C’est qu’on n’a pas l’air, comme ça, mais on n’est pas si naïfs, nous, les lecteurs ! Enfin, certains.

C’est d’autant plus commode que, vous l’aurez compris, la cible est le nouveau maire, évidemment paré de tous les vices et notamment celui de dilapider l’argent public. On peut ainsi dire plein de choses plus ou moins vérifiables ou charitables tout en continuant à faire risette. C’est de bonne guerre, me direz-vous. Les aigreurs d’estomac qu’ont éprouvées les perdants doivent encore provoquer chez eux des remontées acides et il faut bien qu’ils déversent leur trop-plein de bile.

Mais qu’ont-il à nous dire de si important ?

Déjà : que certaines réalisations ne sont que l’aboutissement de projets enfantés par la précédente municipalité. Bien. Et alors ? On ne voit pas en vertu de quoi la nouvelle aurait dû les jeter aux orties s’ils ne contreviennent pas à ses objectifs. Et puis, on se doute bien qu’il faut un peu plus d’un an pour apurer le passé. Mais encore ?
La grosse affaire, ce sont les dépenses que nos amis semblent juger somptuaires. Ainsi en va-t-il des nouveaux panneaux d’affichage électronique, au nombre de six. Deux auraient suffit, nous dit-on, car on n’a pas besoin de lire six fois le même message. Certes. Mais on n’est pas obligés, non plus, de faire le tour des six panneaux pour se tenir informés et quand bien même on le ferait, ils ne délivrent pas qu’un seul message. Mais bon. Ce qui turlupine nos dévoués défenseurs, c’est le prix : 14000 € l’un. Le prix d’une Clio suréquipée (la vache, c’est cher ces caisses !) ou une année de smic. Ben je dis que ça ferait moins d’une année de smic si le gouvernement avait bien voulu condescendre à relever ce dernier. Mais c’est pas trop le souci de nos zorros.

Il y a aussi l’affaire de la lampe de bureau à 1,8 smic (l’unité de compte favorite des rédacteurs). Doivent pas être sensibles à l’art, ces gens-là. Et puis divers achats immobiliers jugés hasardeux. Et puis les bacs à fleurs et puis les arbres...
Et puis, les électeurs radiés pour abstentionnisme, paraît-il, que seule une forte mobilisation (sic) aurait contraint la municipalité à réintégrer aux listes électorales. Mouais...
Et puis l’affaire de la remise de médaille, le seul article signé : une mise au point d’un ancien combattant outré d’avoir lu dans le journal municipal que le maire lui aurait remis la médaille des anciens combattants alors que c’est son copain Roger qui l’a fait. La honte ! Se faire décorer par un rouge quand on a versé son sang pour la France éternelle, songez donc ! Bref, « son honneur est sauf » (sic). Mais pas de quoi fouetter un chat, non plus, mon cher Denis, croyez-moi. On s’en tamponne un peu de votre affaire.
Et puis, et puis... Si vraiment vous voulez lire cette remarquable littérature, faites une recherche avec votre moteur préféré.

Voilà. Ça vole pas très haut mais on nous a habitués à ce niveau durant la campagne (voir ici) et finalement, il est réconfortant de voir que les bonnes vieilles habitudes ne se perdent pas : au moins, on n’est pas dépaysés. La municipalité a évidemment déjà réagit en invitant les Bédarridais à venir voir l’état des bâtiments municipaux et où passe leur argent mais on ne risque rien à parier que le prochain numéro du machin nous livrera d’autres révélations croustillantes et scandaleuses. Ce serait vraiment dommage de s’arrêter en si bon chemin, surtout si nos justiciers anonymes doivent tenir encore cinq ans.

Comme on les plaint !

Blogue | Suivre la vie du site RSS 2.0